--> Comprendre les crises : (77) Les lois fondamentales de la stupidité humaine
06 mar 2022
Comprendre les crises : (77) Les lois fondamentales de la stupidité humaine

J’avais publié en juillet 2012 dans ce blog un commentaire sur l’ouvrage du professeur Carlo Maria Cipolla disparu en 2000. Historien de l’économie, il a enseigné à l’Université de Berkeley et à l’École normale supérieure de Pise. Le professeur Cipolla a été l’élève de Fernand Braudel.
Son œuvre, principalement axée sur l’histoire économique, décrypte les passions humaines, prisme trop souvent négligé quand il s’agit de comprendre l’économie mais également les crises majeures que l’humanité a traversé tout au long des siècles.
L’introduction de son ouvrage commence par ce paragraphe malheureusement très réaliste : « L’humanité est dans le pétrin. Ce n’est pas une nouveauté, cela dit. Aussi loin que l’on puisse remonter, l’humanité a toujours été dans le pétrin. Le fardeau des soucis et des misères que doivent porter les êtres humains, comme individus ou comme membres des sociétés organisées, est à la base la conséquence de la manière hautement improbable, j’oserais même dire stupide, dont la vie fut vécue dès l’apparition de l’Humanité.
Et dans le chapitre 6 qui traite de stupidité et pouvoir nous pouvons lire :
"Parmi les bureaucrates, les généraux, les hommes politiques et les chefs d’État, on trouve sans peine de superbes exemples d’individus fondamentalement stupides dont la faculté de nuire est ou a été rendue beaucoup plus redoutable par la position de pouvoir qu’ils occupent ou occupaient".

Les cinq lois énoncées par Carlo Cipolla sont universelles et trouvent dans le contexte de crise actuel une résonance toute particulière :

1 - Chacun sous-estime toujours inévitablement le nombre d’individus stupides existant dans le monde.

2 - La probabilité qu’un individu soit stupide est indépendante de toutes les autres caractéristiques de cet individu.

3 - Est stupide celui qui par son action provoque une perte pour un autre individu ou pour un groupe d’autres individus, tout en n’en tirant lui-même aucun bénéfice et en s’infligeant éventuellement des pertes.

4 - Les non-stupides sous-estiment toujours la puissance destructrice des stupides. Les non-stupides oublient sans cesse qu’en tous temps, en tous lieux et dans toutes les circonstances, traiter et/ou s’associer avec des gens stupides se révèle immanquablement être une erreur coûteuse.

5 - L’individu stupide est le type d’individu le plus dangereux et chacun sous-estime inévitablement le nombre d’individus stupides dans le monde.

Cipolla rappelle également très justement que la puissance destructrice des individus stupides est immense et explique toutes les défaites de l’humanité car la catégorie des gens intelligents qui dispose de la capacité de faire le bien pour eux-mêmes et les autres est minoritaire.

La lecture de l’essai de Cipolla éclaire d’autres lectures plus arides sur les surprises prévisibles par exemple.
Cette approche corrobore et renforce les lois de la stupidité. Le premier de ces facteurs est l’optimisme qui va ancrer en nous la certitude qu’un événement ou une situation ne se produira jamais. Ce facteur est souvent combiné avec le fait qu’un décideur (ou son expert) privilégiera, (sciemment ou non) les estimations les plus accommodantes avec ses objectifs. Nous créons également très souvent les conditions de l’ignorance des interdépendances par notre propension à ne pas partager l’information.
D’autres facteurs tiennent aux sciences cognitives. Le cerveau humain dispose d’une forte capacité à occulter des événements douloureux. Cela explique que les leçons de l’histoire sont très souvent oubliées car nous avons le secret espoir qu’une même cause ne produira pas toujours les mêmes effets. L’homme dispose enfin d’une fabuleuse prédisposition au mimétisme. Nous nous comportons souvent comme d’autres face à un événement alors même que l’environnement de cet événement est différent de celui qui a provoqué une décision que nous allons reproduire.

J’avais terminé l’article en écrivant qu’Incertitude et espoir étant liés, mieux vaut être sans illusion sur les capacités humaines à ne pas prendre les bonnes décisions au bon moment...

Accéder à l’article de 2012 :
http://www.gerard-pardini.fr/spip.php?article27
https://fr.wikipedia.org/wiki/Carlo_Maria_Cipolla

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