--> Comprendre les crises (6) Connaître les lois de la stupidité humaine
09 jui 2012
Comprendre les crises (6) Connaître les lois de la stupidité humaine

Les lois fondamentales de la stupidité humaine a été publié pour la première fois en Anglais en 1976. Cet essai court et percutant vient d’être réédité en français par PUF.
Les cinq lois énoncées sont universelles :
1 - Chacun sous-estime toujours inévitablement le nombre d’individus stupides existant dans le monde.
2 - La probabilité qu’un individu soit stupide est indépendante de toutes les autres caractéristiques de cet individu.
3 - Est stupide celui qui par son action provoque une perte pour un autre individu ou pour un groupe d’autres individus, tout en n’en tirant lui-même aucun bénéfice et en s’infligeant éventuellement des pertes.
4 - Les non-stupides sous-estiment toujours la puissance destructrice des stupides. Les non-stupides oublient sans cesse qu’en tous temps, en tous lieux et dans toutes les circonstances, traiter et/ou s’associer avec des gens stupides se révèle immanquablement être une erreur coûteuse.
5 - L’individu stupide est le type d’individu le plus dangereux et chacun sous-estime inévitablement le nombre d’individus stupides dans le monde.

La puissance destructrice des individus stupides est immense et explique toutes les défaites de l’humanité car la catégorie des gens intelligents qui dispose de la capacité de faire le bien pour eux-mêmes et les autres est minoritaire.

La lecture de l’essai de Cipolla éclaire d’autres lectures plus arides sur la théorie des surprises prévisibles. Cette approche décrit des facteurs qui viennent corroborer les lois de la stupidité. Le premier de ces facteurs est l’optimisme qui va ancrer en nous la certitude qu’un événement ou une situation ne se produira jamais. Ce facteur est souvent combiné avec le fait qu’un décideur ou son expert privilégiera (sciemment ou non), les estimations les plus accommodantes avec leurs objectifs. Nous créons également très souvent les conditions de l’ignorance des interdépendances par notre propension à ne pas partager l’information. D’autres facteurs tiennent à notre physiologie. Le cerveau humain dispose d’une forte capacité à occulter des événements douloureux. Cela explique que les leçons de l’histoire sont très souvent oubliées car nous avons le secret espoir qu’une même cause ne produira pas toujours les mêmes effets. L’homme dispose enfin d’une fabuleuse prédisposition au mimétisme. Nous allons donc nous comporter comme d’autres face à un événement alors même que l’environnement de cet événement est différent de celui qui a provoqué une décision que nous allons reproduire.
On lira sur ces points avec intérêt les travaux du Milken Institute et plus particulièrement un article paru en octobre 2010 intitulé : Overcoming myopia, Learning from the BP Oil Spill and other catastrophes.

Incertitude et espoir étant liés, mieux vaut être sans illusion sur les capacités humaines à ne pas prendre les bonnes décisions au bon moment...

Carlo Maria Cipolla (1922-2000), historien de l’économie a été professeur à l’Université de Berkeley et à l’Ecole normale supérieure de Pise. Le professeur Cipolla a aussi été l’élève de Fernand Braudel. Son œuvre a été principalement axée sur l’histoire économique qu’il a décryptée à travers les passions humaines. Sans ce prisme, les théories économiques apparaissent incomplètes. Il travaillera également à mettre en corrélation les épidémies et leurs conséquences socio-économiques en élargissant largement le champ de la réflexion au-delà des questions de santé publique.
Accéder à l’intégralité du texte en italien
http://www.italianisticabl.eu/cipolla.pdf

Partager cet article