--> Jeremy Rifkin et après ?
01 jui 2013
Jeremy Rifkin et après ?

On ne présente plus Jérémy Rifkin : conseiller de plusieurs chefs d’Etats, Président de la Fondation sur les tendances économiques, maitre de conférence à la Wharton School…et depuis peu conseiller de la Région Nord Pas de Calais où il a présenté au mois de mai 2013 sa vision de la troisième révolution industrielle, une vision « décarbonée » pour reprendre une expression “tendance”.
Rifkin livre depuis des années un constat lucide de nos sociétés industrielles confrontées à un véritable risque d’effondrement. Point n’est besoin de revenir sur les risques et menaces porteurs de crises : problèmes climatiques, pandémies, crises économiques et financières…Ils sont amplifiés par des interconnexions de plus en plus grandes et des comportements de moins en moins altruistes. Il plaide donc pour l’émergence d’une nouvelle conscience qui serait une sorte d’empathie universelle dont la diffusion nous permettrait non seulement de survivre mais de prospérer. Comment ne pas souscrire à une telle vision ? Son ouvrage Une nouvelle conscience pour un monde en crise est séduisant même si l’on regrette que la partie solution soit développée en quelques pages sur les presque 900 que compte le livre.
La quête de Jeremy Rifkin n’est pas nouvelle. Elle est aussi ancienne que nos sociétés quand elles ont été interpellées par des bouleversements de civilisation. Le projet de paix perpétuelle de Kant au dix-huitième siècle n’était pas autre chose : Tous les hommes qui peuvent agir réciproquement les uns les autres doivent relever d’une constitution civile quelconque.
Avant Kant, c’était Saint Augustin avec sa Cité de Dieu qui nous livre un idéal où l’autorité est exercée conformément aux principes chrétiens pour aboutir à un bien commun universel.
La Cité de Dieu ne remplace pas la société civile mais vient la compléter en donnant les moyens éthiques d’atteindre une fin transcendant toutes les autres fins des sociétés civiles. Mais on ne peut atteindre un tel but qu’en conciliant pouvoirs spirituels et temporels.
Les désastres du vingtième siècle ont quant à eux débouchés sur la Déclaration universelle des droits de l’homme.
L’histoire nous apprend que toutes les organisations étatiques, supra étatiques, ne peuvent résoudre le fond du problème qui fait que l’homme ne peut être guéri du désir profond d’acquérir et d’accumuler des biens temporels avec une tendance irrépressible à ce que cela soit illimité. Il n’y a que le détour par le divin qui peut limiter cela ou la coercition mais avec les limites que l’on devine.
Militer pour une régulation idéale est légitime mais il faut garder à l’esprit que c’est une utopie. Au mieux une société bien organisée maintiendra une paix relative sans pouvoir en garantir une quelconque durée.
L’utopie de Rifkin est un pari car il appelle de ses vœux une régulation universelle fondée sur de l’individualisme en réseau. Cela concernerait au premier chef l’énergie mais s’étendrait par capillarité à tous les autres flux. Une telle utopie porte le germe du totalitarisme car au nom du bien commun il est vraisemblable que tôt ou tard la tentation surgira d’indiquer à chaque citoyen la direction de ses efforts. Nous y serons d’autant plus tentés que la crise perdurera. Nous touchons là à la liberté et personne depuis deux millénaires n’a été capable de fixer le curseur au niveau idéal.
L’apport de Rifkin est néanmoins indéniable car il permet de rêver, de ses donner une nouvelle frontière. Son pari est aussi d’imaginer que ce que la religion n’a pu faire, notre conscience d’être au bord d’un précipice le fera. L’addition en réseau de chaque conscience individuelle créant une volonté universelle réparatrice. Pourquoi ne pas, après tout, croire au triomphe de l’empathie ?
La prudence nous commande de garder à l’esprit qu’il serait dangereux d’en faire l’étalon d’un projet de société car il risque de se fracasser sur l’homme qui se consume individuellement et perpétuellement dans ses tourments. Il nous faut accepter cette donnée.
C’est à ce prix que nous avons survécu, y compris à des horreurs.
Notre siècle, comme les précédents est un siècle de survivance.

En savoir plus sur la société d’empathie :
Conférence TED de Jeremy Rifkin (2010)
http://www.ted.com/talks/jeremy_rifkin_on_the_empathic_civilization.html

Une nouvelle conscience pour un monde en crise ; vers une civilisation de l’empathie
Édition française ; Les liens qui libèrent ; 2011 Collection Babel

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