--> Comprendre les crises (36) Capacité d’adaptation et biais cognitifs
21 oct 2017
Comprendre les crises (36) Capacité d’adaptation et biais cognitifs

J’avais publié dans le blog en 2013 et 2014 deux articles montrant l’intérêt de la connaissance des théories économiques pour mieux comprendre le comportement humain et la prise de décision dans des situations de crises.
Le premier article présentait l’apport des travaux du Prix Nobel Daniel Kahneman sur « l’effet de halo » et sur le biais de « pseudo certitude ». Travaux qui montrent que nous privilégions nos premières impressions et que nous agissons souvent selon des vérités périmées. http://www.gerard-pardini.fr/spip.php?article40.
Le second traitait de la théorie de la disponibilité qui permet d’appréhender la fréquence avec laquelle les exemples viennent à l’esprit et qui explique notre propension à s’engager plus fortement dans des actions de prévention après une grande catastrophe mais aussi le délitement rapide de ce comportement vertueux au fur et à mesure que le souvenir de la catastrophe s’éloigne. http://www.gerard-pardini.fr/spip.php?article44.
J’avais également souligné l’intérêt de rapprocher les travaux de Kahneman de ceux de Jeff Hawkins, ingénieur et spécialiste des neurosciences, créateur du Redwood Neuroscience Institute qui promeut une nouvelle approche du fonctionnement du cerveau humain qui ne fonctionne pas comme un ordinateur n’en déplaise à certains thuriféraires de l’intelligence artificielle (IA).
L’attribution du Nobel de l’économie, le 9 octobre 2017 à Richard Thaler (université de Chicago) vient conforter la pertinence de s’intéresser aux théories économiques pour mieux appréhender et gérer des crises, quelle qu’en soit la nature. Beaucoup de biais (émotionnels, d’habitudes, sociétaux ) nous font prendre des décisions sortant de la rationalité et venant déjouer les mécanismes mis en place pour encadrer la prise de décision. Les travaux de Thaler montrent qu’il y aura toujours une liberté d’agir pour choisir une décision jugée optimale.
Cela devrait nous inciter à mieux réfléchir sur tous les dispositifs d’IA qui se profilent et dont l’objectif est de substituer à la prise de décision humaine, une prise de décision rationnelle aseptisée des biais cognitifs. Le risque est de se trouver un jour face à une crise aggravée par une prise de décision tellement rationnelle qu’elle sera rejetée ou incomprise par les humains à qui elle était destinée. On voit bien tous les enjeux qui se profilent derrière cela . Le premier d’entre eux concerne le maintien d’une éducation suffisante pour qu’une majorité d’humains ne renoncent pas à prendre des décisions incluant des émotions personnelles. C’est peut-être cela qui permettra une survie un peu plus longue de l’humanité.

Après les travaux de Kahneman (théorie des perspectives, anomalies boursières et les biais cognitifs et émotionnels qui les causent), récompensés par l’académie Nobel en 2002, Richard Thaler est honoré du prix Nobel d’économie 2017 pour ses travaux sur les biais décisionnels.
En savoir plus sur Richard Thaler
http://blog.francetvinfo.fr/classe-eco/2017/10/09/richard-thaler-un-prix-nobel-deconomie-mal-eleve.html
Déclaration de l’Académie Nobel présentant la nomination de Thaler
https://www.nobelprize.org/nobel_prizes/economic-sciences/laureates/2017/advanced-economicsciences2017.pdf
Ouvrages :
Misbehaving. The Making of Behavioural Economics, New York, W. W. Norton & Company, London, Allen Lane, 2015. En cours de traduction ;
Nudge : Improving Decisions About Health, Wealth and Happiness, Penguin, 5 mars 2009, 320 p. Traduction française chez Vuibert (2010)

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